Black Panther Party

Black Panther Party
Depuis les années 40 l'Etat s'était efforcé d'effacer les traits les plus marquants du racisme institutionnel. Le point culminant a consisté en une décision de la haute cour de justice des USA le 17 Mai 1954 de considérer comme anticonstitutionnelle la division raciste à l'école, parce que la division des écoles ne donnaient pas les mêmes chances à tous . Cette loi évidemment ne changea rien.

C'est la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui a essentiellement été active. Cette association avait été fondé après la première guerre
mondiale par des intellectuels noirs, des libéraux blancs et des entrepreneurs, était une organisation de la middle class black et n'a jamais eu de base populaire.

Le mouvement des droits civiques débute historiquement le 1er décembre 1955. Ce jour-là, à Montgomery en Alabama, la travailleuse black Rosa Parks refuse de céder sa place assise à un homme blanc. Cette place était réservée aux blancs, il y avait au fond du bus un endroit pour les noirs.

Elle fut arrêtée pour cela, suivant les lois locales sur la séparation des races. On avait déjà parlé auparavant d'un boycott des bus et avec le succès à Bâton rouge une année avant des pas en ce sens furent fait. Cette arrestation fut prétexte en conséquence à un boycott qui dura 12 mois. Jusqu'à ce que la haute cour de justice considéra la séparation comme illégale.

La lutte se fit dans la rue, avec des actions directes: boycott, manifestations, sit-ins, rupture avec la loi sur les séparations, avec par exemple les freedom rides, où des blancs et des noirs s'asseyaient les uns à côté des autres dans les transports en commun.

Le mouvement des droits civiques se limita principalement au sud, là où la séparation des races était la plus flagrante. On fit campagne pour le vote. En 1962 il n'y avait que 25% des blacks inscrits sur les listes dans le sud, à cause des restrictions imposées par les fonctionnaires. On espérait, en augmentant le potentiel de l'électorat noir, faire rentrer les noirs dans les administrations, casser les système des castes existant dans le Sud.

Il y avait de grandes organisations qui côtoyaient des organisations locales:
-le Southern Christian Leadership Conference (SLCC) était en 1957 l'organisation la plus connue internationalement, car fondée par Martin Luther King;
-le Congress of Racial Equality (CORE), fondée en 1942;
-le Student Nonviolent Coordinating Comittee (SNCC ou aussi SNICK).

Ces trois groupes n'avaient pas de structures organisationnelles de haut niveau; leur but n'était pas l'adhésion formelle. Les liaisons étaient plutôt fonctionnelles. Il y avait aussi tous les gens qui par leurs activités soutenaient le mouvement; en 1960 il y avait 50.000 personnes dans les manifestations du mouvement.

Les membres du CORE et du SNCC venaient d'une sorte d'aristocratie ouvrière: leurs parents venaient du Sud, leurs familles étaient pauvres et appartenaient à la classe ouvrière, mais eux-mêmes étaient au College. Il s'agissait de gens engagés, plein d'espoir, avec l'idée de dépasser les limites de la politique orthodoxe du NAACP avec les méthodes de la désobéissance civile. Le SNCC n'était pas, et ce dès le départ, une organisation spécifiquement black, il y avait environ 60% de noirs et 40% de blancs.

L'analyse du mouvement des droits civiques est de fait pleine d'illusions, comme on peut le voir à travers les discours du pasteur Luther King qui a un " rêve, un rêve profondément ancré dans le rêve américain ". On est loin, comme on le verra par la suite, de la guerre anti-impérialiste contre les USA prônée par Georges Jackson. D'ailleurs l'hymne du mouvement était: " We shall overcome - some day ". Un jour...

La réponse du système fut claire. Insultes, coups, gaz, prison, torture, assassinat. L'espoir des blacks de modifier leur situation par des appels à la conscience des blancs ne marchait pas vraiment à 100%, malgré la sympathie d'intellectuels libéraux blancs, notamment du nord, qui pouvaient sympathiser avec le mode d'action et les revendications.

Le democratic party (les démocrates) a soutenu ce mouvement, mais seulement parce qu'il y avait de nouveaux votants, qui sympathisaient plus avec lui qu'avec les républicains, encore plus réactionnaire. Aussi les dollars de soutien allèrent principalement aux campagnes pour enregistrer les blacks comme votants.

Il y eut des succès, en deux vagues - 1957-1960 et 1964-1965. Il y eut même des interventions des troupes US pour imposer les lois. De fait, la violence contre les noirs (lynchage, terreur...) a été diminué, les blacks peuvent voter, ont plus de représentations politiques. De plus la conscience black s'est réveillé - black is beautiful. La haine de soi en a pris un coup.

Evidemment, ce qui satisfait la middle class ne suffit pas les masses noires. La misère matérielle est toujours là, malgré des " droits " qui ne sont en fait que formels. Et dès que les masses recommencèrent les soulèvement, la middle class qui a su conquérir une position plus sympathique pour elle s'empresse d'en appeler au calme et à l'ordre, au Law and Order, à l'intervention de la police et de l'armée.

Il y eut une partie du mouvement qui se radicalisa, revendiquant la fin de la discrimination dans les logements, le travail, etc. Mais le mouvement n'était pas prêt à cette lutte - d'autant plus que cette radicalisation coupait des libéraux blancs.
La conséquence est claire: il est nécessaire de trouver du neuf.

En 1965/66 le SNCC enlève le terme de " nonviolent " de son sigle et le remplace par national. En 1966 les blancs sont exclus car d'aucune utilité dans la communauté black, leur est fait appel de s'organiser en tant que blancs.

A l'opposé du mouvement des droits civiques, il y avait la nation of islam, connu sous le nom de black muslims. Fondée en 1934 par Wali Farrad, elle était conduite depuis 1934 par le ministre Elijah Muhammad. il s'agissait en premier lieu d'une secte religieuse, avec des règles strictes (pas d'alcool, de cigarettes, de drogues, de danses, de flirts, de cinémas, de perte de son emploi...).

A côté des temples dans les ghettos, il y avait des restaurants, des magasins, des écoles, et même une université (à Chicago). Il y avait un groupe d'auto-défense, Fruit of Islam. L'idéologie de la secte considère que les blacks sont choisis par Dieu et que les blancs doivent disparaître avec le démon blanc. Il n'y a pas grand chose à voir avec le monde de l'Islam en fait, et d'ailleurs la Bible est plus cité que le Coran. Le but est un capitalisme noir, issu des efforts et de la création d'un Etat noir aux USA . Il y avait environ entre 75000 et 150000 membres dans 27 Etats.

Ceux-ci donnaient entre 1/3 et ¼ de leur salaire à l'organisation. Le membre le plus connu était Mohammed Ali / Cassius Clay. La prise d'un nom arabe ou africain au lieu d'un nom américain est un phénomène en liaison avec cette " conscience " de l'oppression black.

Leur leader le plus connu était Malcolm Little, né en 1925 à Omaha, dans le Nebraska. On le connaît sous le nom de Malcolm X. Il considérait en effet que son nom avait été effacé par les blancs, volé. Il fut condamné en 1946 à 10 années de prison pour cambriolage, et contacta en prison des Black Muslims, et après sa libération anticipée en 1952 il devient leur leader et organisateur le plus significatif.

Il conduisit longtemps le temple de Harlem à New York. Début mars 1964, après un voyage à la Mecque, qui l'amena aussi dans des pays du Proche-Orient et d'Afrique, il rentra en conflit avec les Black Muslims. Il n'accepta plus leur théorie raciale; il considéra que c'est plus la politique que la religion qui permettra une amélioration des conditions de vie des noirs. Il fonda le 8 mars une nouvelle organisation religieuse, la Muslim Mosque, Inc, puis une organisation de teinte non-religieuse et socialiste, l'Organization of Afro-American Unity (OAAU).

De Juillet à Septembre il voyagea encore deux fois en Afrique et au Proche-Orient, ce qui l'éloigna encore plus d'une théorie raciale et l'amena à un point de vue internationaliste. Il avait participé à la conférence de l'Organization of African Unity au Caire, où il prôna que les Etats africains amènent le problème racial US devant l'ONU.

Il ne réussit pas mais il y eut une résolution qui condamna la discrimination aux USA. Puis aux USA Malcolm X continua de " prêcher ", mais cette fois, et à la différence du
mouvement des droits civiques, en faveur de la violence révolutionnaire. Parce qu'" en se mettant à genoux et en priant on n'obtient aucun droit ". Il prôna la formation de rifle clubs pour défendre les communautés blacks.

A un meeting qu'il tint le 8 avril 1964 à un rassemblement du Militant Labor Forum, d'ailleurs devant un public au ¾ blanc, il affirma que " La révolution noire est en cours en Afrique, en Asie et en Amérique latine; si je dis noir, alors je ne veux pas dire blanche, mais noir, marron, rouge ou jaune. Nos frères et nos s½urs en Asie, qui ont été colonisé par les Européens, et les paysans en Amérique latine, qui ont été colonisé par les Européens, tous ceux-là se retrouvent depuis 1945 dans une lutte pour éloigner de leurs pays les colonialistes et les puissances coloniales, les Européens.

C'est une véritable révolution. Révolution basée toujours sur la terre. Une révolution ne se base jamais sur la volonté que quelqu'un nous apporte une tasse de café intégrée. Des révolutions ne peuvent jamais être obtenues, si l'on tend sa joue à l'autre. Les révolutions ne se basent jamais sur le " tu aimeras tes ennemis et prieras pour ceux qui t'offensent et te poursuivent ".

Et les révolutions ne sont jamais mené simplement en chantant " we shall overcome ". Les révolutions se basent sur les effusions de sang, les révolutions ne sont jamais des compromis, ne reposent jamais sur des négociations.

Les révolutions ne reposent jamais sur une sorte de cadeaux; les révolutions ne reposent pas non plus sur la demande mendiante d'être accepté dans une société corrompue ou un système corrompue. Les révolutions renversent les systèmes. Et sur cette terre il n'y a pas de système qui se soit révélé plus corrompue, plus criminelle que ce système qui colonise en 1964 encore 22 millions d'Afro-américains, qui a toujours comme esclaves 22 millions d'afro-américains ".

Il modifia encore une fois son nom, en El Hajj Malik El Shabazz. Mais c'est sous le nom de Malcolm X qu'il est le plus connu. Il se fit descendre le 21 février 1965, pendant une allocution à Harlem. La fille de Malcolm accuse les Black Muslims et a d'ailleurs essayé de tuer celui qui est leur leader ou au moins un responsable moral de l'assassinat de celui dont la signification pour le mouvement black est grand: Malcolm X. L'OAAU elle s'écroula peu après.

b)la théorie du "Black Power!"

Lorsque le 6 Juin 1966 James Meredith, figure symbolique du mouvement pour les droits civiques, se fit descendre lors d'une Freedom March dans le Mississippi, le mouvement " we shall overcome " se divisa. L'exigence de l'aile radicale, " freedom now ", se transforma également en " we shall overrun ". Stokely Carmichael utilisa le terme de " black power " comme slogan et résuma ainsi la pensée d'une partie du mouvement.

Black Power " est un appel aux noirs de ce pays à s'unir, de reconnaître leur héritage, de développer un sens civique ". Il s'agit que les noirs aient des propres buts, conduisent leurs propres organisations, les défendent, refusent les institutions racistes et les valeurs de la société existante.
Il s'agit " d'en arriver à nos propres notions, avec lesquelles nous nous définirions nous-mêmes ainsi que notre relation avec la société ".

L'importance des propres définitions du mouvement a été souvent souligné par Stokely Carmichael. Il cita ainsi un livre d'enfant de Lewis Caroll, Alice derrière le miroir. [le traducteur de ce texte n'ayant pas lu l'½uvre en question, problème! Résumons ainsi: il y a un personnage qui dit à Alice: " quand j'utilise un mot, alors c'est que je le considère comme juste - pas plus, pas moins ". Alice répond: " oui mais il se pose la question de savoir si on ne peut pas donner un autre sens au mot ". Et le personnage de dire alors: " la seule question qu'il se pose est de savoir qui est le plus fort, c'est tout ".]
Le livre de Carmichael et Hamilton, Black Power, sous-titré la politique de la libération en Amérique, tente de définir et résumer ce concept. Le point de départ est l'analyse de l'Amérique noire comme colonie dans la mère patrie, comme dit plus haut.

Etant donné que cela ne sert à rien d'espérer de l'Amérique blanche qu'elle abandonne
ses discriminations , il faut que les noirs organisent leur propre pouvoir: Black Power . Il s'agit de défendre ses propres intérêts que personne d'autre ne peut défendre. Pour pouvoir participer à une société pluraliste (avec les blancs) il faut d'abord être unis si l'on veut être sur un plan d'égalité .

Evidemment, on peut se douter que la critique classique et petite-bourgeoise, celle du " racisme à l'envers ", a fusé. Mais cela est faux, parce que les noirs n'oppriment aucun autre groupe, mais veulent s'auto-définir et s'auto-réaliser sans la domination d'autres groupes. " La pleine participation au processus de décision, tant que cela touche la vie des noirs ".
Pour gagner ce contrôle, il ne suffira donc pas de gagner des positions dans la structure de pouvoir. On cite l'exemple de la case de l'oncle Tom. " Une image d'apparition noire n'est pas encore un 'pouvoir noir' ".

On doit également se débarrasser du principe de non-violence. Les blancs l'utilisent, on doit pouvoir répondre. L'auto-défense sera le maître mot des black panthers.

Ce n'est que lorsqu'on en sera arrivé au black power que sera possible un travail avec des groupes blancs. Pour ne pas reproduire indéfiniment la situation du mouvement des droits civiques: une collaboration entre des blancs tout puissants et des noirs dépendants.


En se positionnant comme Black Power, les noirs entendent refuser le racisme des blancs, ne pas accepter les règles du jeu. Exactement comme les autonomes se refusent à participer aux institutions, partis et syndicats révisionnistes et bourgeois pour rompre totalement avec le système impérialiste-capitaliste. Il n'y a pas à accepter l'exploitation (ou le racisme), il faut organiser un contre-pouvoir éliminant ces oppressions.

Le concept de Black Power proposé est plus un cadre qu'un programme. C'est dans la pratique que va se décider concrètement la construction du Black Power.

c)la naissance du Black Panther Party

Le 15 octobre 1966 Huey P. Newton et Bobby Seale fondent à Oakland, en Californie, le Black Panther Party for Self-Defense.

Parlons un peu de la biographie de ces deux personnes. Huey Percy Newton est né le 17 février 1942 à Oak Grove, en Louisiane. Il est le plus jeune d'une famille de sept enfants. Son père, ouvrier, trouve du travail à Oakland et ils partent tous là-bas.

Newton vit dans la rue, et comme tout le monde a des problèmes avec la police et a des procès. En 1962 il est condamné en sursis pour avoir attaqué un policier. En 1964 il prend 8 mois ferme et 3 ans avec sursis pour avoir planté quelqu'un [avec un couteau]. Il est allé au Merritt College à Oakland et pendant peu de temps à la San Francisco Law School. Il travaille à ce moment là avec quelques petits groupes politiques des noirs.

Bobby Seale est né le 22 octobre 1936 à Dallas au Texas. Il grandit avec un frère, une s½ur et un cousin. Il devient mécano après une enfance pauvre, va à l'armée dont il est viré, puis se retrouve dans l'aéronautique. En 1960 il va à Oakland, et va de temps en temps au Merritt College, où il rencontre en septembre 1962 Newton.

Ils travaillent de temps en temps dans les mêmes groupes politiques, mais pas au même moment. En été 66 ils ont tous les deux un travail dans le programme d'aide aux pauvres, Seale comme maître d'½uvre, Newton comme Community-Organisator.

Leur nouveau parti n'avait rien à voir avec le Lowndes Country Freedom Organization, qui si elle avait également comme symbole une panthère, se voulait alternative aux partis démocrate et républicain (évidemment c'est l'échec aux élections).

Le Black Panther Party for Self-Defense se distingue de ce groupe déjà par l'appel à l'auto-défense armée organisée des noirs contre les attaques de la police, et les agressions contre les racistes blancs. C'était un de leur point central. Newton expliqua que leur symbole l'exprimait clairement: " la panthère est un animal qui n'attaque jamais.

Mais s'il est attaqué ou poursuivi, alors il se soulève et efface celui qui l'attaque ou l'agresse - absolument, de manière décidé, totalement, à la base, de fond en comble ". Il ne s'agit pas de la première tentative d'auto-organisation. Robert F. Williams, secrétaire du NAACP à Monroe, en Caroline du Nord, appelle depuis 1957 à se défendre contre la terreur du KKK. Lorsque le FBI voulut l'arrêter en 1961, il s'enfuit à Cuba, puis en Chine populaire. La seconde tentative a consisté en la formation des Deacons for Defense and Justice en différents endroits de la Louisiane. Mais le mouvement des droits civiques n'est pas remis en question, on se considère plus comme une partie de ce mouvement.
L'utilisation des armes ne définissait pas une nouvelle stratégie, mais simplement une défense nécessaire . Les Panthers eux allèrent plus loin, en automne 68 les termes " for Self-Defense " sont enlevés, on veut renforcer le côté parti avec un programme politique, pas le côté " auto-défense ".

Le programme en dix points qui suit est le programme du parti. Il n'a jamais été changé, sauf en ce qui concerne le point 3. Le 27.12.1969 on remplace la formule " par l'homme blanc " par " par les capitalistes ".

L'agitation commença avec 1000 exemplaires de ce programme dans la communauté de Oakland. Ils discutèrent dans la rue, expliquèrent le programme. On ne peut pas vraiment parler de parti, avec seulement deux personnes. Néanmoins Newton se proclama ministre de la défense du parti et Bobby Seale président.

Le premier adhérent fut Bobby Hutton, 15 ans. " Cela commença ainsi: avec des rassemblements dans la rue, en parlant beaucoup de violence et avec un peu de bagarres à l'intérieur de la communauté d'esprit noire et beaucoup d'enrôlement - personne ne sait combien - dans la rue ".
Newton et Seale parlèrent en fait principalement du point 7, celui de l'auto-défense. Ils prônèrent la formation de groupes de 3-4 pour liquider les policiers racistes, lancer des bombes incendiaires et en fait, comme but, la liquidation de l'armée d'occupation blanche.

Leur première arme fut un fusil M-1 et un pistolet 9mm. Ils reçurent cela d'un révolutionnaire japonais, qui les donnèrent gratuitement (Newton et Seale n'avaient pas d'argent mais persuadé le camarade de le donner afin qu'ils " puissent commencer à préparer le peuple à un combat révolutionnaire ". Ils étudièrent les règles du port d'armes, apprirent le droit quant à ce sujet.

Ils formèrent une infrastructure organisationnelle: un local au coin de la 56ème rue et de la Grove street, à Oakland fut loué. Le premier janvier 1967 le bureau officiel du parti est ouvert. Fin janvier il y a déjà 25 personnes qui s'y rencontrent. Le parti eut bientôt entre 30 et 40 membres.
Le black Panther Party est né.

# Posté le mercredi 16 août 2006 22:23

Rosa Parks "Premiere Dame"

Rosa Parks "Premiere Dame"
Rosa Louise McCauley

Parks est devenu célèbre parce que le 1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama), elle refusa de céder sa place à un passager blanc dans un bus. Arrêtée par la police, elle se vit infliger une amende de 10 dollars (plus 4 dollars de frais de Parks, (4 février 1913, Tuskegee, Alabama États-Unis - 24 octobre 2005, Detroit, Michigan), était une couturière noire qui devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, ce qui lui valut le surnom de mère du mouvement des droits civiques de la part du Congrès américain.justice) le 5 décembre; elle fit appel de ce jugement. Un jeune pasteur noir inconnu de 26 ans, Martin Luther King, avec le concours de Ralph Abernathy, lança alors une campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus qui dura 381 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême cassa les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles

# Posté le mercredi 16 août 2006 22:15

Nelson Mandela

Nelson Mandela
Famille et études [modifier]
Fils d'une famille royale Thembu Xhosa, Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Qunu, au bord de la rivière Mbashe au Transkei (Cap-Oriental).

Son père était Hendry Mphakanyiswa Gadla, chef de tribu Xhosa de Tembu. À l'âge de sept ans, Rolihlahla Mandela devint le premier membre de la famille à suivre une scolarité. C'est un professeur méthodiste qui lui donne le prénom occidental de Nelson.

Son père meurt alors qu'il n'a que 9 ans. Nelson Mandela est alors envoyé à la mission de Wesleyan.

Selon la coutume Xhosa, il est initié à l'âge de 16 ans et poursuit ses études avec succès à la Clarkebury Boarding Institute. Il obtient son certificat scolaire en deux ans (au lieu de trois habituellement).

En 1934, Mandela s'inscrit au Collège Wesleyan de Fort Beaufort.

Diplômé, il rejoint l'université de Fort Hare où il fait la connaissance d'Oliver Tambo, qui devient son ami et collègue. À la fin de sa première année, membre du conseil représentatif des étudiants, il est impliqué dans le boycott du règlement universitaire. Il est alors "viré" de l'université.

Suite à un mariage arrangé non souhaité, il s'enfuit à Johannesburg où il passe sa licence par correspondance à l'Université d'Afrique du Sud (UNISA) puis débute des études de droit à l'université du Witwatersrand.


Activité politique [modifier]
C'est en 1942 que Nelson Mandela rejoignit le Congrès national africain (ANC), membre de l'Internationale Socialiste, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche. En 1944, avec Walter Sisulu et Oliver Tambo, il fonde la plus dynamique ligue de jeunesse de l'ANC.

Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national Afrikaner entraîne la mise en place de sa nouvelle politique qui fut appelée apartheid.

En 1952, Mandela, par ailleurs avocat, monte la campagne de défiance contre le gouvernement de Daniel Malan.

En 1955, alors que le Parti National semble appelé à durer au gouvernement, Mandela participe à la rédaction de la charte de la liberté dont le programme fondamental est la lutte contre la ségrégation raciale et l'apartheid. À cette époque, Mandela et Tambo se sont associés au sein de leur propre cabinet et prodiguent des conseils juridiques gratuits aux noirs les plus pauvres.

Le 5 décembre 1956, Mandela et 150 autres personnes sont arrêtés et accusés de trahison. Ils sont au bout du compte tous acquittés, grâce aux plaidoiries des avocats et au légalisme pointilleux des tribunaux sud-africains.

Après le massacre de Sharpeville en 1960, les appels à la lutte armée sont plus pressants d'autant plus que l'ANC et le Congrès panafricain sont interdits, ses leaders emprisonnés ou assignés à résidence.


Le prisonnier politique (1962-1990) [modifier]
Il fut emprisonné en 1962 puis en 1963, et condamné à la détention à perpétuité en 1965 en raison de ses activités politiques clandestines. Le plus célèbre et l'un des plus anciens prisonniers politiques, il fut finalement libéré le 11 février 1990 par de Klerk qui, pour des raisons politiques, mit fin à la clandestinité de l'ANC, et le sollicita pour maintenir la paix civile en Afrique du Sud. Les deux hommes ont travaillé ensemble pour instaurer la fin de l'apartheid et un régime de transition.


Combat pour la paix et la non-violence [modifier]
Il se vit décerner le Prix Nobel de la paix avec le président Frederik de Klerk en 1993. En 1979, il avait reçu le Prix Nehru pour la Paix et en 1989, le Prix Kadhafi des droits de l'Homme.


Président d'Afrique du Sud (mai 1994 - juin 1999) [modifier]
À la suite des premières élections multiraciales du 27 avril 1994, remportées largement par l'ANC, Nelson Mandela est élu Président de la république d'Afrique du Sud et prête serment à Pretoria le 10 mai 1994 devant tout le gotha politique international, d'Al Gore à Fidel Castro.

Il préside au premier gouvernement multiracial du pays, en l'occurrence un gouvernement d'union nationale entre l'ANC, le Parti National et le parti zoulou Inkhata.

Ses deux vices-présidents sont alors Thabo Mbeki et Frederik de Klerk.

Conformément aux négociations de la période de transition, une commission « liberté et réconciliation » est créée pour entendre des exactions et des crimes commis sous l'apartheid par le gouvernement, les forces de sécurité mais également par les mouvements de libération. Il s'agit de confronter le passé afin de tourner la page historique douloureuse et non de juger les crimes ou exactions constatées qui, le cas échéant, en l'absence de regrets des protagonistes, seront toujours du ressort des tribunaux pénaux.

Président, Nelson Mandela est davantage un chef d'état qu'un chef de gouvernement: il confie ce rôle à Thabo Mbeki.

Prônant la réconciliation nationale, il se rend même à Orania pour rencontrer Madame Hendrik Verwoerd et organise une tea party à Pretoria réunissant les épouses des anciens premiers ministres et présidents du pays avec les épouses des anciens prisonniers de Robben Island.

Internationalement, il redonne une légitimité à l'Afrique du Sud qu'il donne en exemple en matière de réconciliation nationale.

En 1996, le Parti National quitte le gouvernement peu après l'adoption d'une nouvelle constitution.

Il accepte d'être médiateur de plusieurs négociations de paix, notamment dans l'Afrique des grands lacs.

En 1997, Mandela quitte la présidence de l'ANC qui échoit à Thabo Mbeki.

À la fin de son mandat, certains radicaux critiquent l'absence d'efficacité de la politique de son gouvernement dans la lutte contre le SIDA, dans la lutte contre les inégalités raciales ou encore la lenteur des procédures d'indemnisations des noirs spoliés sous l'apartheid.

En 1999, Thabo Mbeki lui succède à la présidence de la république.


Le retraité du Transkei [modifier]
Après son divorce avec Winnie Mandela, Nelson Mandela s'est remarié avec Graça Machel, veuve de l'ancien président du Mozambique, Samora Machel.

En février 2003, Mandela déclara que les États-Unis étaient « une menace contre la paix dans le monde » et que leur président George W. Bush souhaitait « plonger le monde dans l'holocauste », l'accusant d'ignorer les Nations unies.

En septembre 2004, il fut plébiscité en tant que première personnalité sud-africaine.


Lutte contre le SIDA [modifier]
Nelson Mandela se consacre aujourd'hui à la lutte contre le SIDA.

Le 6 janvier 2005, il annonce publiquement le décès de son fils, Makgatho Mandela âgé de 54 ans, des suites du SIDA. Par ce geste, il veut montrer qu'il est temps de briser le tabou qui entoure cette maladie dans de nombreux pays. Il déclare à ce sujet : "Nous ne devons pas dissimuler la cause de la mort des membres de nos familles, que nous respectons, car c'est le seul moyen de pouvoir faire comprendre à la population que le SIDA est une maladie ordinaire. C'est pourquoi nous vous avons aujourd'hui fait venir pour annoncer que mon fils était mort du SIDA".

De nombreuses personnalités et hommes politiques ont vu des membres de leur famille mourir du SIDA, mais ils l'ont caché, car cette maladie est considérée comme une honte. Parmi les citoyens lambda, il arrive très souvent que les personnes atteintes soient rejetées par leur entourage, condamnées à mourir seules et isolés.

Citations d'auditoire de tribunal
"J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Je caresse l'idéal d'une société démocratique et libre où toutes les personnes puissent vivre ensemble et en harmonie, en bénéficiant de l'égalités des chances. Ceci est un idéal pour lequel j'espère vivre et voir réaliser. Mais c'est aussi un idéal pour lequel je suis prêt à mourir."
"Pourquoi est-ce que dans cet auditoire, je dois comparaître devant un magistrat blanc, être confronté à un procureur blanc, escorté par des plantons blancs ? On ne peut suggérer honnêtement et sérieusement que dans ces conditions, la neutralité de la justice soit assurée... Je suis un homme noir dans la cour d'un homme blanc. Ceci ne devrait pas être."
"Une nouvelle société doit naître de laquelle toute l'humanité sera fière... Nous avons enfin réalisé notre émancipation politique. Nous nous mettons en gage à libérer tous nos frères du servage continu de la pauvreté, de la privation, de la souffrance, et toute autre discrimination. Plus jamais, jamais, et jamais ce beau pays ne devra connaître l'expérience de l'oppression d'un groupe sur un autre..."

# Posté le mercredi 16 août 2006 22:06

Marcus Garvey "Le Prophete"

Marcus Garvey "Le Prophete"
Biographie de Marcus Garvey
"One Aim, One God, One Destiny"



L'histoire du rastafarisme commence avec Marcus Mosiah Garvey, prophète noir qui acquit une certaine popularité dans le Harlem des années 20. Le culte de cette figure légendaire n'a pas cessé d'être célébré depuis par tous les reggaemen. Burning Spear lui consacra même deux albums entiers. Peter Tosh fait référence à l'homme sur le morceau The Prophets (Album Bush Doctor, Rolling Stones Records, 1978) et Bob Marley l'évoque aussi sur Kinky reggae (album Catch a Fire, lsland, 1973). Globalement incompris et calomnié aux Etats-Unis, il était en revanche adoré et respecté par ses compatriotes jamaïcains.

Né en Jamaïque en 1887, Marcus Garvey émigra aux Etats-Unis en 1916 et, l'année suivante, il fonda l'Association universelle pour l'amélioration de la condition noire (Universal Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). Sous son impulsion, cette organisation devint le principal défenseur de " la rédemption par le rapatriement" (redemption trough repatriation), avec la bénédiction du Ku Klux Klan. La classe moyenne noire et les libéraux blancs étaient effrayés par de telles positions, pensant que la solution des problèmes raciaux reposait sur la cohabitation intelligente des différentes communautés. Le Klan, en revanche, approuvait tout à fait cette purification ethnique par un départ volontaire. Pour aider le mouvement, le Klan alla jusqu'à participer à certains meetings de l'UNIA, à l'invite de son leader. Très actif, Marcus Garvey créa son propre journal, The Negro World, à New York. Le slogan nationaliste de Garvey " One Aim, One God, One Destiny " en devint la devise.

En 1919, Marcus Garvey créé la Black Star Line, compagnie maritime censée servir le projet de rapatriement. Il fit la tournée du pays à la façon d'un monarque pour promouvoir son initiative et recueillir des investissements. A New York, il descend les rues de Manhattan à bord d'une Limousine, suivi par 250 000 adeptes. Les autorités fédérales commencent à s'intéresser à lui. En 1922, après la banqueroute de la Black Star Line, Garvey et trois de ses associés sont poursuivis par les tribunaux. Accusé de fraude postale, il reste en liberté surveillée jusqu'en 1925. Sa condamnation est alors confirmée. Il est emprisonné au pénitencier fédéral d'Atlanta. Le président Collidge commuta sa sentence en 1927 et Garvey fut envoyé en exil en Jamaïque. Il ne reste de ses projets que des paroles de chansons, Culture et quelques autres n'ayant pas renoncé au voyage :

" They took us away from our homeland
And we are slaving down here in Babylon
They are waiting for an opportunity
For the Black Starliner which is to come "
Culture, Black Starliner (Trust me, Jahmin' Records, 1997)

Les Jamaïcains écoutent avec enthousiasme les meetings de Garvey, organisés dans les mois qui suivent son retour. La vie politique de l'île s'en trouve bouleversée. Il est vrai que Marcus Garvey peut compter sur le soutien d'un autre activiste, son ami Leonard Percival Howell, avec lequel il a noué des liens lors de son séjour à New York.

En dépit de cette ambiance sympathique et animée, Garvey se trouvait à l'étroit et, en 1935, il part pour l'Angleterre. De là, il surveille la régression internationale de son mouvement. Il meurt en Angleterre en 1940.


Avant de partir pour l'Angleterre, Marcus Garvey prononça à Kingston un discours qui marqua le lancement du mouvement Rasta. Dans une église de la capitale, un dimanche de 1927, il eut ces mots :

" Look to Africa, where a black king shall be crowned "
" Regardez vers l'Afrique, où un roi noir doit être couronné "

En novembre 1930 le Daily Gleaner, journal populaire de Kingston, rapporta en première page qu'un chef tribal méconnu, Ras Tafari Mekonnen, avait été couronné sous le nom de Heile Selassie I (le nom signifie " Pouvoir de la Sainte Trinité "). Les Rastas y virent un accomplissement de la prophétie de Garvey. Pour s'en assurer, ils cherchèrent dans la Bible une confirmation de la nature divine des événements, dans la tradition du revivalisme. A force de chercher, ils trouvèrent un passage qui confirmait le mythe, au paragraphe 5:5 de la Revelation :

" Then one of the Elders said to me, 'weep not ; lo, the lion of the tribe of Judah, the Root of David, has conquered, so that he can open the scroll and its seven seals "

C'est Archibald Dunkley, ancien matelot comme Howell, qui relèvera ces allusions bibliques. Plusieurs générations de Rasta ont poursuivi ce bricolage mythologique en l'enrichissant de références, de rites et de figures diverses. Aujourd'hui, l'histoire du mouvement Rasta laisse de côté la façon dont s'est constituée la croyance. Les protecteurs du mythe développe une iconographie et un discours qui doit montrer le caractère spontané et quasi-magique des faits qui ont conduit à la formation du mouvement rasta. Culture consacra par exemple la pochette de Trust Me au culte de Heile Selassie, représentant les passages de la Bible qui avalisent la croyance Rasta comme s'il s'agissait de trésors archéologiques prouvant l'existence de l'Atlantide.

# Posté le mercredi 16 août 2006 21:30

Martin Luther King

Martin Luther King
(1929 - 1968)


biographie par Christian Delorme, Directeur de Publication d'Alternatives Non Violentes

Martin Luther King est né à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929. Sa mère, Alberta Williams, institutrice avant son mariage, était la fille d'Adam Daniel Williams, pasteur pendant dix-sept ans de l'Eglise baptiste Ebenezer et pionnier de la résistance aux discriminations raciales : membre de la National Association for the Advancement of Colored People, il avait lutté pour obtenir un collège secondaire pour les Noirs et fait boycotter un journal raciste. Son père, Martin Luther King Senior, était également pasteur, et il succéda d'ailleurs dès 1931 à Adam Williams dans la responsabilité de la paroisse.

Le milieu où le jeune Martin Luther King (Martin Luther King Junior) allait grandir était donc celui d'une bonne classe moyenne. Tout en étant très bagarreur et très émotif, il connut effectivement une enfance paisible imprégnée de morale évangélique. Martin Luther King a ignoré le ghetto et la misère, les rats et la vermine, qui étaient et restent le lot de plusieurs millions de Noirs américains et il eut toutes les facilités pour entreprendre de bonnes études. Son père, fils d'un ouvrier asservi de plantation, avait su s'élever dans la société, acquérant à la fois une influence de responsable spirituel et une aisance matérielle certaine. Martin Luther Jr savait qu'on attendait de lui une réussite analogue.

De fait, le jeune homme fit des études brillantes. En 1944, il entrait au Morehouse CoUege d'Atlanta, pensant devenir médecin ou avocat. Malgré le souhait de ses père et grand-père, il ne désirait pas devenir pasteur à son tour, se sentant mal à l'aise avec l'émotivité excessive qu'il percevait dans les églises réservées aux Noirs. Toutefois, l'enseignement de certains de ses professeurs qui étaient pasteurs lui prouva qu'une carrière religieuse pouvait être intellectuellement satisfaisante, et il finit par embrasser cette voie. Il fut ordonné dans le temple de son père à Atlanta en 1947, et nommé assistant de cette paroisse.

Toujours étudiant à Morehouse, Martin Luther King eut une activité très dense au sein de la National Association for the Advancement of Colored People (N.A.A.C.P.), organisation créée en 1909. Car s'il bénéficiait d'une sécurité matérielle, il n'en connaissait pas moins l'insécurité morale qui frappait tous les Negres et, comme son père, il voulait faire progresser la situation de ses frères de peau. Il quitta Morehouse en 1948, avec une licence de lettres, pour le Crozer Theological Seminary de Chester, en Pennsylvanie, où il était l'un des six Noirs dans un groupe de cent étudiants. En 1951, il obtint une licence de théologie et décida de poursuivre des recherches à l'Université de Boston, tandis qu'il continuait à suivre des cours de philosophie à l'Université de Harvard. A partir de 1953, il se consacra à la rédaction d'une thèse : "Comparaison de la conception de Dieu chez Paul Tillich et Henry Nelson Wieman". Il obtint le doctorat de troisième cycle de théologie systématique en juin 1955.

King possédait une solide érudition. Le théologien "social" Walter Rauschenbusch avait marqué sa pensée, tout comme Henri-David Thoreau, Hegel, Tillich, et ... Gandhi. Il se définissait comme "personnaliste", et il ne faisait point de doute pour lui que l'Eglise devait jouer un rôle actif dans l'établissement de la justice sociale. Il avait également lu Marx, ce qui, dans les Etats-Unis de l'époque, n'allait pas de soi.

En 1952, Martin avait fait la connaissance de Coretta Scott, pédagogue de formation et chanteuse. Cela avait abouti à leur mariage, le 18 juin 1953, et, en septembre 1954, tous deux s'installaient à Montgomery (Alabama), ville habitée par cinquante mille Noirs et quatre-vingt mille Blancs, où Martin Luther King prit la succession d'un "pasteur de choc", dans une des églises baptistes noires qui comptaient beaucoup de familles aisées et d'intellectuels.


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Le boycott de Montgomery:

Le 17 mai 1954, la Cour Suprême des Etats-Unis avait décrété que dans l'éducation, droit majeur de l'homme, la ségrégation était contraire à la Constitution. Il s'agissait d'un événement important, qui ouvrait une brèche dans le mur soigneusement élaboré du mépris racial , mais l'intégration était encore loin d'être réalisée, surtout dans les Etats du Sud. Afin d'intéresser ses paroissiens aux problèmes du peuple noir, et surtout afin de les amener à faire pleinement usage de leurs droits civiques, King suscita très vite un comité d'action sociale et politique, et il invita les membres de la communauté à adhérer à la N.A.A.C.P. qui avait été pour beaucoup dans la décision de la Cour Suprême. Mais c'est le ler décembre 1955 que se produisit l'événement qui allait orienter toute sa carrière de pasteur.

Ce jour-là, en effet, une couturière noire de cinquante ans, Mme Rosa Parks, refusa de céder sa place assise dans l'autobus à un Blanc, comme les lois de l'Alabama le lui enjoignaient. La police l'interpella, et elle se serait retrouvée en prison si un témoin de la scène n'avait payé immédiatement sa caution. Martin Luther King fut averti et, scandalisé, il décida avec son ami le pasteur Ralph Abernathy d'organiser le soir même une réunion au temple, avec tout ce que la communauté noire de Montgomery pouvait compter de membres influents, pasteurs, avocats, médecins, syndicalistes... Un syndicaliste ayant suggéré un boycott des autobus, l'idée fut discutée et, progressivement, adoptée. Les pasteurs annonceraient la décision à l'office du dimanche. Un tract serait distribué à la population de couleur. Le lundi 5 décembre, les Noirs ne devraient pas prendre l'autobus pour aller au travail, à l'école, à la ville ! Le lundi matin, chacun était anxieux : les Noirs prendraient-ils ou non l'autobus ? Ils ne le prirent pas, et les conducteurs se promenèrent tout seuls, car les Blancs s'étaient eux-mêmes abstenus par crainte des troubles ! Les taxis, en revanche, étaient pleins, les rues étaient encombrées de bicyclettes et de piétons. On marchait. Certains, qui avaient quinze ou vingt kilomètres à effectuer pour se rendre à leur travail, marchèrent même beaucoup. Mais on souriait, on applaudissait, on s'interpellait. C'était la levée en masse de la piétaille ! La police aurait voulu arrêter les meneurs... mais qui était meneur ?

Dans la journée, Mme Parks fut condamnée à dix dollars d'amende pour violation des lois locales de ségrégation. Le soir, une grande assemblée se tint. Martin Luther King, parlant plusieurs orateurs, s'écria : "Nous en avons assez d'être maltraités et opprimés. Nous avons été trop patients. Une des gloires de la démocratie, c'est qu'elle donne au peuple le droit de protester. Nous le ferons, mis sans violence ni haine. L'amour du prochain sera notre règle". Les applaudissements et les reprises en choeur de ses phrases l'interrompaient constamment. On décida que le boycott serait prolongé jusqu'à ce que des pratiques humiliantes cessent d'être imposées aux Noirs dans les autobus. On créa aussitôt une nouvelle organisation, l'Association pour le Progrès de Montgomery, et King en fut nommé président.

L'action dura trois cent quatre-vingt deux jours ! A maintes reprises, les autorités firent pression sur King pour qu'il mette fin au boycott. Le 26 janvier 1956, on l'arrêta sous le fallacieux prétexte d'excès de vitesse. Quatre jours plus tard, un attentat fut commis contre son domicile, manquant de déclencher une réaction noire violente qu'évita de justesse King en faisant appel à la raison. En mars, on intenta un procès au pasteur pour violation des lois anti-boycott, et il fut condamné à cent quarante jours de prison et cinq cents dollars d'amende. Cette lutte, Martin Luther King l'a racontée dans "Combats pour la liberté".

Pendant des mois, les Noirs, unis comme ils ne l'avaient jamais été, s'entraidèrent ainsi pour des services de taxis bénévoles, permettant le transport quotidien de quarante deux mille personnes, ou s'encouragèrent les uns les autres à circuler à pied et à se tenir prêts à être jetés en prison. Au bord de la faillite, la compagnie d'autobus fut finalement obligée d'accepter la fin des mesures discriminatoires. Mais la victoire ne s'arrêtait pas là : dès novembre 1956, la Cour Suprême des Etats-Unis avait déclaré inconstitutionnelles lois imposant la ségrégation dans les transports ! Le 21 décembre, les Noirs purent ainsi prendre les autobus dans mêmes conditions que les Blancs, sous la protection d'une loi anti-ségrégation. Pour eux, c'était la prise de la Bastille !


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L'action s'étend

Dès lors, Martin Luther King allait apparaître comme le leader national du mouvement de résistance. En janvier 1957, les leaders noirs de dix Etats du Sud se rencontraient pour former l'organisation qui s'appellera Southern Christian Leadership Conference (S.C.L.C.), et King en fut élu président. Pour commencer, cette organisation décida de concentrer son attention sur la discrimination pratiquée dans les transports ailleurs qu'à Montgomery malgré la nouvelle loi, et l'accession des Noirs au droit de vote.

Figure de proue du mouvement noir, King parcourut, en 1957, des dizaines de milliers de kilomètres et prononça deux cent huit discours. On l'appelait "le nouveau Moise" ou "le nouveau Gandhi". Un thème revenait comme une obsession dans toutes ses allocutions : la défense des droits civiques. Et pour obtenir ces droits, proclamait-il, il fallait que les Noirs commencent par acquérir le respect d'eux-mêmes. Preuve de la popularité grandissante de King : en mars 1957, Kwame Nkrumah l'invitait aux cérémonies qui marquèrent l'indépendance du Ghana.

A son retour d'Afrique, les deux mouvements de lutte, la S.C.L.C. et la N.A.A.C.P., décidaient d'organiser une manifestation à Washington, le 17 mai 1957, pour le troisième anniversaire de la décision de la Cour Suprême supprimant la ségrégation dans les écoles. Vingt-cinq à trente mille Noirs et quelques Blancs, massés devant le mémorial de Lincoln, écoutèrent les orateurs qui réclamaient la fin de la ségrégation raciale. King fut ovationné. Un mois plus tard, il était reçu, en compagnie de Ralph Abemathy, par le vice-président Nixon. Puis, le 23 juin, c'était au tour du président Eisenhower de lui accorder une audience. Mais dans les deux occasions, on ne lui fit que des réponses très vagues, qui aboutirent à une loi affirmant le droit de vote des Noirs mais n'offrant guère d'espoirs d'application immédiate. Le langage de King, lui, était ferme et exigeant.

En septembre 1958, mois de la sortie en librairie de "Combats pour la liberté", Martin Luther King fut insulté, brutalisé et arrêté par des agents de police. Il fut vite relâché, un inconnu ayant payé sa caution. Mais, peu après, une femme noire exaltée, que des campagnes de diffamation contre le pasteur avaient convaincue que celui-ci était communiste, lui plantait un coupe-papier en acier dans la poitrine. La pointe s'arrêta tout contre l'aorte, et c'est miracle que King ne soit pas mort. Pendant sa convalescence, invité par Nehru, il se rendit avec sa femme en Inde, sur les traces de Gandhi.

Le progrès vers l'égalité raciale restait bien lent, surtout dans le Sud des Etats-Unis. Presque partout, on se contentait de gestes symboliques, par exemple quelques élèves noirs dans une grande école qu'on proclamait "intégrée". De ce fait, la patience des Noirs était mise à rude épreuve, et à partir de 1959, les "Musulmans Noirs", qui refusaient de faire appel, comme King, à la conscience des Américains blancs et prônaient la violence, commencèrent, sous la direction d'Elijah Muhammad et surtout de Malcolm X, cette autre grande figure de l'Amérique noire, à acquérir une large audience, surtout dans les ghettos noirs des grandes villes du Nord.

A la fin de 1959, les King quittaient Montgomery, où Martin Luther, étant donné ses fonctions à la tête de la S.C.L.C., ne pouvait plus assurer un service pastoral normal, et ils rejoignirent Atlanta.


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"Sit-ins" et "voyages de la liberté"

Montgomery avait été le premier épisode de la révolte noire. Greensboro fut le deuxième. Dans cette ville de Caroline du Nord, autre Etat des plus racistes des U.S.A., quatre étudiants noirs s'installèrent, le ler février 1960, dans un buffet réservé aux Blancs et refusèrent d'en partir. Une station de radio transmit l'information. Aussitôt, des dizaines d'étudiants vinrent en renfort à leurs camarades : les "sit-ins" venaient de faire leur apparition comme tactique de masse.

Ce mouvement allait s'étendre à plus de cent villes et mobiliser soixante-dix mille protestataires. Injuriés, les manifestants restaient silencieux. Frappés, ils ne rendaient pas les coups. Même quand des jeunes Blancs s'amusaient à tirer les cheveux des filles noires ou à écraser des cigarettes allumées sur leur cou, celles-ci ne répondaient pas. Tous priaient et supportaient tout dans la dignité. Il y eut des centaines d'arrestations. Martin Luther King n'avait pas été directement à l'origine de cette action, mais il allait d'un lieu à un autre, soutenant les résistants, se joignant à leurs démonstrations, se faisant arrêter avec eux. Il expliquait : "Pour que la résistance non-violente ait un sens, il faut que cela soit dirigé vers la réconciliation. Notre but final est la création de la communauté d'amour fraternel. Les tactiques non-violentes sans l'esprit de la non violence peuvent devenir une sorte de violence". Cette forme de lutte contre la ségrégation permit d'accomplir à un rythme accéléré l'intégration dans les restaurants, sur les plages, dans les piscines, dans les bibliothèques, dans les églises...

En 1960 toujours, des jeunes de la S.C.L.C. organisaient un groupe distinct pour l'action, et ils l'intitulaient "Comité des Etudiants Non-violents" (S.N.C.C. ou Snick), groupe qui, sous l'impulsion notamment de Stokely Carmichael, allait évoluer cinq à six ans plus tard en s'éloignant de la non-violence. C'est l'année aussi où King fut accusé de fraude fiscale, accusation dont il fut lavé mais qui le toucha beaucoup moralement. Le leader insistait toujours plus sur la Luther King avait été parmi les quelques vingt et un mille personnes arrêtées dans les Etats du Sud, tandis que quelques progrès étaient apparus en direction de l'intégration et des droits des électeurs, et que des comités paritaires poursuivaient des négociations dans plus de cent localités.


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Prix Nobel de la Paix 1964

Kennedy mort, en était-ce fini des espoirs des Noirs américains ? Lyndon B. Johnson poursuivit, heureusement, les efforts de son prédécesseur, et le 2 juillet 1964, une nouvelle loi sur les droits civiques était votée. Ce texte s'attaquait à la non-participation politique des Noirs, interdisait la discrimination dans les lieux publics, faisait désormais relever les infractions du ministère fédéral de la justice et non plus des juridictions locales, et créait une commission pour étudier les cas de discrimination dans le travail. Aucune loi n'était allée jusqu'à présent aussi loin dans le sens de l'égalité raciale. Pourtant, au même moment, des émeutes noires éclataient un peu partout : New-York, Jersey-City, Dixmoor, Philadelphie... Les jeunes des ghettos des grandes villes américaines du Nord, en effet, avaient dépassé la frontière du désespoir. Ils n'avaient ni passé ni avenir : ils se jetaient dès lors dans la violence la plus aveugle.

En septembre 1964, King était invité par Willy Brandt à Berlin, et il était reçu en audience par le pape Paul VI. A son retour, il soutenait la candidature de Johnson à la présidence des Etats-Unis... et apprenant son élection pour le prix Nobel de la Paix, qu'il allait recevoir à Oslo le 10 décembre 1964.

Par l'intermédiaire du Prix Nobel, Martin Luther King devenait pour le monde entier le symbole de cette révolte noire qu'il était déjà pour le Sud des Etats-Unis, le symbole de la lutte pour la justice par des moyens non-violents. Mais si sa célébrité faisait le tour de l'univers... elle était en train de mourir aux portes des quartiers misérables des métropoles du Nord, dont les habitants entendaient déjà un autre rêve : celui du "Black Power" (Pouvoir noir), celui d'une Amérique sans les Blancs.

Dans la plupart des villes industrielles du Nord et de l'Est, la main-d'oeuvre noire, fuyant le Sud pour trouver des conditions de vie plus humaines, s'était entassée dans des quartiers qui avaient vite ressemblé à l'enfer. Education au rabais. Pas ou peu de fondation professionnelle. Des débouchés en quantité très limitée. Très fort chômage. Revenus inférieurs. Généralisation de l'assistance sous ses pires formes. Conditions sanitaires critiques. Très forte densité. Dégradation de la vie familiale... Au bout, que pouvait-il y avoir, sinon la révolte ? Que pouvait-il y avoir, sinon une haine accumulée contre les Blancs, même si, à la différence du Sud, il n'y avait pas, dans le Nord, de lois racistes ?

En mars 1965, Martin Luther King remporta son dernier succès avec la marche de Selma à Montgomery. Le gouverneur Wallace, de l'Alabama, ne voulait pas abandonner sa politique ségrégationniste, malgré les directives gouvernementales. Une première marche de protestation fut donc organisée, mais elle fut brutalement arrêtée par la police locale, qui fit soixante blessés parmi les manifestants. Martin Luther King lança alors un appel à tous les partisans des droits civiques pour recommencer, en masse cette fois. Le 21 mars, trente cinq mille "pélerins" rejoignirent Montgomery ! Toutefois, King, proposant un boycott national des produits de l'Alabama, ne fut pas suivi. Pire ! il devenait à présent évident que les jeunes Noirs doutaient désormais des possibilités de l'action non-violente, et ils étaient de plus en plus nombreux à se tourner vers la réaction violente à l'injustice, en se réclamant du "Black Power".

Alors que la non-violence avait permis des changements progressifs dans le Sud, les conditions avaient empiré dans le Nord, où la misère économique rejetait les Noirs encore plus que des lois racistes ne pouvaient le faire. Ayant méconnu la réalité des ghettos du Nord, King se trouva tout à coup en face d'une Amérique Noire qui lui échappait et qui risquait de sombrer dans le meurtre. Il n'apparaissait plus que comme un "bourgeois moraliste", un "oncle Tom" manié et téléguidé par le pouvoir blanc, et les émeutes allaient embraser l'Amérique pendant quelques années...


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La radicalisation... et la mort

Martin Luther King avait conscience de tous les espoirs qui avaient été mis en lui, et il ne voulait pas décevoir. Aussi fit-il l'apprentissage des ghettos noirs, quand bien même il s'apercevait qu'on l'écoutait moins. Progressivement aussi, il découvrit que le mal n'était pas seulement dans les coeurs, pas seulement dans les institutions, mais qu'il était également dans les choix politiques. Jusqu'ici, il avait cru au système américain : il commençait à présent à le critiquer. C'était tout le système qui était empreint de racisme, un racisme subtil et quotidien.

En 1966, Martin et Coretta King s'installèrent dans un quartier noir de Chicago. Suivant l'exemple de Danilo Dolci en Sicile, King rassembla des chômeurs pour restaurer des logements inhabités. Le propriétaire le fit poursuivre en justice. Il organisa une grève des loyers avec des locataires exploités. Les classes supérieures s'indignèrent : il avait touché au sacro-saint droit de propriété ! Il aggrava son cas en proposant au maire des mesures qui furent qualifiées de socialistes : construction de logements sociaux dispersés dans la cité, amélioration des transports, augmentation de 100 % du budget scolaire pour des écoles vraiment intégrées... S'adressant au gouvernement fédéral, il réclama un revenu annuel minimum garanti par tête, des lois interdisant la ségrégation pour les ventes et locations de logements, l'augmentation des subventions pour l'éducation, les services sanitaires et sociaux... Il voulait que la République fasse pour ses anciens esclaves ce qu'elle avait fait pour ses anciens combattants. Toutefois, toutes ces initiatives ne rencontrèrent que peu d'échos.

Au début, les militants du "Black Power" refusèrent de collaborer avec King comme celui-ci le souhaitait malgré les divergences ; mais devant ses efforts, ils finirent par accepter. King glorifia avec eux le pouvoir créateur du Noir, faisant imprimer sur des milliers d'affiches "Black is beautiful". Puis, le 4 avril 1967, il lançait une "Déclaration d'Indépendance à l'égard de la guerre du Vietnam", faisant valoir que cette guerre empêchait tout effort sérieux contre la misère aux U.S.A. et dans le monde, et que surtout, elle était un acte criminel.

Pendant l'été 1967, Martin Luther King se rendit encore à Cleveland apporter son soutien à Carl Stokes, un Noir candidat à la mairie. Mais celui-ci, craignant de perdre quelques électeurs blancs... refusa de le rencontrer. Stokes fut cependant élu.

Les émeutes, pendant ce temps, continuaient. Le pasteur proposa des moyens non-violents de protestation : "Bloquer le fonctionnement d'une cité sans destruction est plus efficace qu'une émeute. Cela obligera l'administration et le Parlement à chercher des remèdes plus radicaux que des mesures de police". On ne l'écouta pas. Ne désespérant pas, Martin Luther King, alors qu'il était une nouvelle fois emprisonné à Birmingham avec d'autres leaders, commença à préparer avec ceux-ci l'organisation d'une "Marche des Pauvres" de tout le pays vers Washington pour le printemps 1968. Sa foi dans la non-violence restait entière : "Dans un monde dont la culture et l'esprit sont tellement en retard sur la capacité technologique, au point que nous vivons chaque jour au bord de l'anéantissement nucléaire, la non-violence n'est plus un choix pour l'analyse intellectuelle : c'est un impératif pour l'action". Signe de sa radicalisation, il fit un discours à New-York, à la mémoire de W.C.B. Du Bois, Noir américain éminent, devenu communiste, et mort, exilé volontaire, au Ghana. Le 31 mars 1968, à la cathédrale épiscopalienne de Washington, il accusait : "On a libéré les Noirs, mais on ne leur a pas donné de quoi se payer le car jusqu'à la maison".

C'est alors que, tout en préparant la "Marche des Pauvres", Martin Luther King alla participer aux manifestations des éboueurs grévistes de Memphis (Tennessee). Depuis huit semaines, ceux-ci, dont une majorité de Noirs, étaient en grève, et il y avait eu des violences : mort d'un jeune homme tué par la police, arrestations en grand nombre. Les leaders se demandaient s'il fallait tout arrêter ou continuer. King vint donc, pour marcher avec les travailleurs dont la dignité était en cause. Le soir du 3 avril, il parla au temple maçonnique de la ville : "Comme tout le monde, j'aimerais vivre une longue vie. La longévité, c'est appréciable. Mais ce n'est pas à cela que je pense maintenant. Je veux seulement faire la volonté de Dieu. Il m'a permis de monter sur la montagne. J'ai regardé au-delà et j'ai vu la Terre Promise. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur".

Le lendemain en fin d'après-midi, Martin Luther King se trouvait sur le balcon de sa chambre d'hôtel. Il appela un ami qui passait sur le trottoir : "Bien entendu, tu joues "Seigneur, prends ma main" ce soir à la réunion. Joue-le bien, pour moi". A ce moment, on entendit un coup de feu. King eut la gorge trouée. Il mourut une heure plus tard.



Comment juger aujourd'hui l'action de Martin Luther King ? Le principal résultat de son combat se situe au plan législatif : les Noirs peuvent en appeler maintenant à l'arsenal des textes fédéraux, et la ségrégation n'est plus légale nulle part aux Etats-Unis. Pendant une dizaine d'années, la communauté noire américaine s'est mobilisée autour d'une même stratégie ; elle a fait bloc, elle a pris en main son destin comme jamais auparavant. Certes, King s'est vu abandonné dans les dernières années de sa vie par toute une partie de son peuple, parce qu'il avait trop tardé à faire une analyse politique de la société américaine et qu'il n'avait pas pris conscience assez tôt de la réalité des ghettos du Nord. Ce n'est vraiment qu'à partir de 1967, avec la guerre du Vietnam, qu'il réalisa que "son rêve" ne s'harmonisait pas avec la société d'un John Kennedy ou d'un Lyndon Johnson. Les textes qu'il a publiés dans Où allons-nous et La seule révolution témoignent de son évolution. Mais, d'une part, il n'est pas certain que le Martin Luther King "politisé" eut pu réaliser ce que le Martin Luther King des années 1955-1964 a pu faire par son pouvoir charismatique et religieux. D'autre part, qui, depuis, a pu faire mieux que lui ? Le "Black Power", après des débuts retentissants, s'est progressivement tu, et les "Panthères Noires" elles-mêmes en sont venues à préférer des actions sociales à une lutte armée impossible...

King a été le levier qui a soulevé la communauté noire et l'a mise dans la rue pour le juste combat. Il a montré que la non-violence active pouvait gagner.
Martin Luther King

# Posté le mercredi 16 août 2006 21:16